L’acouphène n’est pas une fatalité, des praticiens vous conseillent

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Vivre avec un sifflement continu qui n’existe que dans sa tête, c’est le quotidien des personnes souffrant d’acouphènes. Suivre une discussion dans un environnement bruyant, s’endormir ou travailler peut devenir infernal, ce qui favorise l’anxiété et la dépression. Le problème est loin d’être négligeable : environ 10% des adultes seraient concernés, dont 1% par une forme invalidante, selon l’Institut national de la Santé et de la recherche médicale (Inserm). S’il n’existe pas de traitement miracle pour faire complètement disparaître ses acouphènes, il existe des moyens efficaces de les atténuer et de retrouver une vie (presque) normale.

Chercher la cause

Avant tout, mieux vaut en chercher la cause. « Avoir des acouphènes peut être l’expression d’un problème plus grave, il ne faut donc pas hésiter à consulter un médecin », explique Jean-Luc Puel, directeur de l’institut des neurosciences à l’Inserm de Montpellier. Dans 5% des cas, ils sont dus à un problème vasculaire, inflammatoire, métabolique ou encore neurologique. Prendre en charge la cause permet le plus souvent de faire disparaître l’acouphène.

Si l’une ou l’autre de ces causes n’est pas en jeu, comme c’est le plus souvent le cas, il est très probable que l’acouphène soit dû à une perte auditive. « L’immense majorité des gens qui souffrent d’acouphènes ont des problèmes auditifs », indique Jean-Luc Puel. Mais ceux-ci ne peuvent pas toujours être détectés. « Environ 20% des patients souffrant d’acouphènes n’ont pas de problèmes visibles à l’audiométrie, mais les outils actuels ne permettent pas de tout détecter », poursuit le chercheur.

Acouphènes et problèmes auditifs

« L’immense majorité des gens qui souffrent d’acouphènes ont des problèmes auditifs »
Pas de panique : avoir des acouphènes n’est pas le signe d’une surdité à venir. Contrairement à une idée assez répandue, « c’est la perte d’audition qui est à l’origine d’un acouphène, et non l’inverse », souligne le Dr Laurent Frikart, médecin ORL et responsable de la consultation spécialisée pour acouphènes au Centre hospitalier universitaire vaudois, à Lausanne (Suisse). La baisse d’audition peut aussi bien être liée à l’âge (on parle de presbyacousie), à une maladie de l’oreille moyenne ou interne (une otite ou la maladie de Ménière, par exemple) ou bien à un traumatisme sonore.

Traumatisme sonore

Si l’acouphène est apparu brusquement et récemment suite à un traumatisme sonore (le lendemain d’un concert, par exemple), il faut agir vite. « Il faut prendre de la cortisone par voie orale dans les 48 heures suivant le choc, le plus vite possible », indique au Figaro le Pr Darrouzet, chef du service ORL au CHU de Bordeaux. « La cortisone contribue à atténuer l’inflammation qui empêche certaines cellules lésées de se réparer ». Ce médicament est disponible sur ordonnance. Il n’existe pas d’autres traitements ciblant les acouphènes, mais certains médicaments permettent d’atténuer leurs conséquences néfastes sur le moral ou le sommeil. « Quand l’acouphène devient vraiment insupportable, nous pouvons ponctuellement être amenés à donner des antidépresseurs, anxiolytiques, ou neuroleptiques… Bref tout ce qui peut agir sur le système nerveux », indique le Dr Xavier Perrot, praticien hospitalier au service d’audiologie du CHU de Lyon.

Thérapies soniques

Que faire si l’acouphène est bel et bien installé ? Il n’existe pas de méthode efficace à 100%. L’objectif des traitements n’est d’ailleurs pas de faire taire définitivement le sifflement, mais d’apprendre à s’en accommoder. « Dire qu’il n’y a rien à faire, c’est faux. On peut aider les personnes à mobiliser des ressources pour réussir à mieux vivre avec leurs acouphènes », explique le Dr Laurent Frikart. «La prise en charge peut faire que la perception s’estompe ou disparaisse sans forcément qu’il n’y ait de modification au niveau organique. »
Première solution : les thérapies sonores. Il en existe trois types : les appareils auditifs (destinés aux personnes qui souffrent d’acouphènes et dont l’ouïe est abîmée), le masquage et les thérapies d’habituation.

Dans le premier cas, l’idée est de restaurer une meilleure audition. « Lorsque l’oreille fonctionne moins bien, le cerveau essaie de compenser en augmentant l’intensité du signal résiduel, ce qui peut engendrer des acouphènes », explique le Dr Laurent Frikart. « Restaurer une meilleure audition permet d’atténuer ce mécanisme et donc d’atténuer l’acouphène ». Autrement dit, les acouphènes se trouvent relégués au second plan, au profit des bruits habituels de l’environnement.

Des sons de masquage

La seconde approche consiste à utiliser un son pour masquer l’acouphène ou alors détourner l’attention de celui-ci. À noter que la plupart des appareils auditifs sont désormais dotés de cette option. Le masquage peut toutefois être réalisé avec toutes les sources audio (radio, smartphone…). « La majorité des patients disent que dans le silence, leurs acouphènes s’aggravent. L’objectif est donc de mettre un son en concurrence pour que le cerveau ait autre chose à écouter », détaille le Dr Xavier Perrot. Il peut s’agir d’un souffle (un bruit blanc, qui englobe la totalité des fréquences perceptibles par l’oreille), d’un bruit centré sur la fréquence de l’acouphène ou encore de sons se rapprochant des bruits de la nature. « Cette stimulation sonore doit être au minimum neutre pour le patient, au mieux agréable », résume le médecin.
« La majorité des patients disent que dans le silence, leurs acouphènes s’aggravent. L’objectif est donc de mettre un son en concurrence pour que le cerveau ait autre chose à écouter »

Acouphènes et fond sonore

Si l’acouphène n’est perceptible que le soir au moment de se coucher, il existe une astuce moins contraignante que l’appareillage. « Je conseille de mettre un fond sonore léger, 15 à 30 minutes avant de s’endormir, un bruit de vagues ou de vent dans les arbres par exemple », recommande le Dr Perrot. « L’idée est de faire en sorte que le cerveau soit un peu distrait au moment de s’endormir pour éviter qu’il ne se focalise sur l’acouphène. On ne le stoppe pas, on le remplace par un bruit plus agréable ». Radioréveils dotés d’une minuterie, applications sur smartphone, chaînes hi-fi et oreillers équipés de petits haut-parleurs sont autant de moyens d’y parvenir.

Thérapies d’habituation

Troisième option : les thérapies d’habituation. Le patient est équipé de bruiteurs, des appareils auditifs qui produisent un bruit blanc, qu’il va faire marcher plusieurs heures par jour pendant plusieurs semaines. Au bout d’un moment, le cerveau devient moins hostile aux signaux sonores. « Le grand problème des acouphènes est le sentiment de perte de contrôle qu’il impose aux patients. Cette méthode permet de reprendre le contrôle, et cela apaise les gens », remarque le Dr Frikart.

Soutien psychologique 

Deux choses sont également incontournables pour mieux vivre avec ses acouphènes : la reconnaissance de cette souffrance invisible par les autres et la prise en charge psychologique. « Beaucoup de patients s’entendent dire lors d’une première consultation que c’est dans la tête ou que c’est psychologique, qu’il n’y a pas de solution », rapporte le Dr Perrot. « Un tel discours peut avoir des répercussions néfastes bien au-delà de la consultation ». Les personnes souffrant d’acouphènes ont alors l’impression de se retrouver dans une impasse, ce qui favorise le stress et l’anxiété. Désormais, les spécialistes des acouphènes orientent leurs patients vers une prise en charge psychologique. « Cela les aide à gérer ce bruit pour qu’il soit moins envahissant », confirme le Dr Frikart, qui note que de nombreux patients avaient déjà un terrain anxieux avant que les acouphènes ne se manifestent.

Solutions alternatives et acouphènes

Sophrologie, hypnose, acupuncture, phytothérapie… Que penser de toutes ces solutions alternatives ? « Tous mes patients ont essayé au moins une de ces méthodes avec plus ou moins de réussite », souligne Xavier Perrot. Si aucune n’a formellement fait la preuve de son efficacité, elles ne sont pas à mettre de côté d’après les spécialistes. « Si c’est efficace chez un patient, il n’y a pas de raison de s’en passer », estime le Dr Perrot. D’autant que les traitements sont très difficiles à évaluer.

Techniques et avancées scientifiques
Stimulation électromagnétique transcrânienne, stimulation du nerf vague, thérapie génique pour faire repousser les fibres du nerf auditif ou reconstruire des cellules ciliées de l’oreille interne… La science est assez active en la matière : plusieurs pistes ont été explorées ou sont actuellement à l’étude. « Jusqu’à présent, il n’y a pas eu de découverte miraculeuse », souligne Jean-Luc Puel. « L’une des pistes les plus avancées consiste à injecter des neurotrophines (facteurs de croissance des neurones du système nerveux périphérique) à travers le tympan pour faire repousser les fibres du nerf auditif. Les études réalisées chez l’animal montrent que cela fonctionne. Nous en sommes aux balbutiements mais cela représente un espoir : plus ces fibres sont abîmées, plus il y a un risque d’avoir des acouphènes. »

Philippe Barraqué, musicothérapeute, spécialiste en acouphénologie

www.stop-acouphenes.fr

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Sources : Livre Dites stop à vos acouphènes (CD), Guy Trédaniel éditeur, nouvelle édition revue et augmentée – Le Figaro, Cécile Thibert

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